Quand on parle de serveurs et lecteurs audio pour de la musique dématérialisée, on peut constater depuis des années, des approches très différentes depuis l’utilisation et l’intégration de cartes spécifiques en OEM (Ex: ABC PCB devenu Engineered puis Wattson Audio, Stream Unlimited, bAudio, dCS…) jusqu’à l’utilisation de PC plus ou moins optimisés (Ex : NUC, Roon Nucleus…) en termes hardwares (cartes réseaus, USB,…) et softwares (Windows, Linux,…). En ce qui concerne ces derniers PC optimisés on peut citer dans le très haut de gamme des produits tels que PinkFaun, Taiko et Innuos. Ces derniers fabricants se sont toujours appuyés sur des cartes mères de PC du marché sur lesquelles ils ont apportés plus ou moins de modifications quant aux alimentations, refroidissement, réseau, USB, i2S, horloges, stockage et bien sûr logiciels. A noter que dans la plupart des cas la partie logicielle s’appuie sur des Operating System de type Linux plus ou moins personnalisés. Cette flexibilité logicielle permet d’utiliser la partie intelligente des streamers/serveurs pour gérer la partie serveur en supportant par exemple la possibilité de lire de la musique en local via des disques durs branchés en USB ou via la connexion à des serveurs de type UPnP, LMS, Euphony voire Roon. Dans le cadre du produit qui nous importe ici, le XACT S1 EVO, l’approche a été totalement différente puis que Marcin Ostapowicz, fondateur de JPLAY et JCAT, est parti d’une page blanche pour concevoir ce serveur/streamer. Cette démarche tenait à s’affranchir de la plupart des écueuils que l’on peut rencontrer quand on s’appuie sur des cartes mères commerciales comme l’alimentation, la réduction des buits et autres isolations.
Ainsi, Marcin a développé cette nouvelle marque, XACT, en s’appuyant sur son expérience accumulée au travers des produits JCAT (réseaux, USB, alimentations,..). XACT décline des appareils de type Streamer/Serveurs (S1 et S1 EVO), et plus récemment le switch réseau N1, les câbles Phantom et pieds de découplage Immotus. Dans ce sens, la carte mère du Xact S1 classique et Evo a été architecturée “from scratch” sans s’appuyer sur un design commercial. En terme de logiciel, celui ci s’appuie sur une base Linux (Fedora ?) qui se charge au démarrage du Xact S1 via une carte SD installée à l’arrière de l’appareil (qui apparemment peut être retirée après chargement ce qui traduirait que l’OS (Operating System) est chargé en mémoire). Cette partie logicielle gère bien sûr toutes les entrées sorties mais également la partie serveur qui semble être “maison” (apparemment pas de serveurs de types UPnP du genre minimserver ou AssetUPnP). Je reviendrai plus tard sur cette partie serveur qui demande à être “apprivoisée”. Alors que le Xact S1 Evo se pose sur 3 pieds “Immotus CL” (pieds de découplages avec 3 billes types céramiques assez proche du concept également polonais de Franc-Audio – J’ai eu la surprise à la réception de l’appareil de retrouver les 3 billes se baladant dans le carton car l’un des pieds s’était desserti de son support), la face avant de l’appareil ne présente qu’un bouton de mise en marche/arrêt sui s’illumine d’orange quand il est en fonctionnement. En ce qui concerne l’arrière de l’appareil, hormis la prise IEC et l’emplacement de la carte SD pour l’Operating System, 6 ports éthernet Gigabit sont présents mais seul le port #1 est opérationel dans une fonction serveur. 3 prises USB sont disponibles : deux pour la connexion avec un DAC (une avec alimentation 5V – conseillée – et une sans 5V) et une troisième pour connecter un disque dur USB. Le Xact S1 (et EVo) peut fonctionner également comme un switch ethernet en faisant booter l’appareil sur une carte SD ayant un OS (Operating System) adapté à cette fonction de switch. Dans ce cas, il convient de brancher le routeur sur la prise ethernet “WAN” et d’utiliser les autres ports comme switch. Dans cette configuration, non testée, la partie Serveur/Streamer n’est pas activée. Vous l’aurez compris, la seule sortie possible de ce serveur/streamer est l’USB permettant une compatibilité jusqu’au DSD 512.







En ce qui concerne les entrailles du S1, au delà de la carte mère, vous retrouverez une alimentation linéaire dédiée à la carte mère et au disque dur de stockage des données. En effet, vous aurez le choix entre 2 tailles de disques durs (4 et 8To), apparemment spécifiquement choisis eux aussi comme tous les composants intégrés à ce produit. Dans le cadre de la version EVO, vous retrouverez également à l’intérieur une Master Clock OCXO (20MHz) qui a été développée initialement pour les cartes USB et Ethernet JCAT mais également le cablage spécifique Phantom et les pieds Immotus CL (non présents sur la version S1).
En ce qui concerne la partie serveur, vous pouvez bien sûr lire les fichiers depuis un serveur UPnP type minimserver présent sur un NAS ou autre appareil, où utiliser la le serveur interne, optimisé, en chargeant de la musique directement sur le disque dur interne. Il existe plusieurs possibilités pour charger la musique sur le disque interne : soit en se connectant au Xact via un PC ou un MAC via le partage de réseau (je suppose SMB) soit en connectant un disque dur ou clé USB sur le port USB dédié au disque dur. Dans ce dernier cas, il faut connecter le disque dur/clé externe au Xact non alimenté, démarrer le Xact et à ce moment là la musique sera transférée directement sur le disque dur interne. Pour compléter le processus d’indexation, il faudra éteindre le Xact et le redémarrer (quelle que soit la méthode choisie) et atteindre un temps certain afin de pouvoir voir apparaître sa bibliothèqe locale. C’est un des points perfectibles car rien ne vous indique quand le transfert de musique depuis une connexion USB externe est finalisée sauf à aller voir les fichiers copiés via un explorateur MAC ou PC et l’indexation peut également prendre un long temps (15-30min) et dans ce cas seule la mise à jour de la bibliothèque via l’application JPLAY iOS vous indiquera que cette indexation est finalisée.
Vous aurez également compris à la lecture du paragraphe précédent, que le serveur/streamer Xact est intimement lié à l’application télécommande sur tablette JPLAY iOS (disponible uniquement sous environnement Apple iOS). Dans ce sens, la partie streamer est automatiquement détectée par l’application JPLAY iOS ainsi que le serveur interne du Xact. C’est dans ce paramétrage de JPLAY iOS que vous pourrez choisir entre le serveur interne du Xact ou un serveur externe type minimserver. A noter que l’utilisation de minimserver apporte des options non présentes sur le serveur interne comme la lecture des booklets associés à vos titres locaux. Je ne décrirai pas ici l’utilisation de JPLAY iOS et préfère vous renvoyer au très bon article de Joël Chevassus (Avril 2024). Dans ce sens point de Roon ou LMS, juste la possibilité d’utiliser des serveurs UPnP et l’excellente application qui n’a presque rien à envier à Roon, qui évolue sans cesse et qui apporte un net avantage d’un point de vue restitution. A noter qu’avec l’achat de ce produit, vous avez accès à une licence à vie de JPLAY iOS.






Les écoutes ont été entreprises sur mon système habituel composé d’un DAC dCS Vivaldi APEX, d’un ampli Ypsilon Phaethon SE et enceintes Borresen 01. La liaison entre le Xact S1 Evo et le DAC est assurée par un câble Reference USB de chez JCAT dont la partie alimentation 5V est laissée à une alimentation linéaire 5V LHY. Après une mise en oeuvre finalement assez simple quand on a compris qu’il fallait attendre 15-30min l’indexation du serveur interne, certainement en raison de la taille de la bibliothèque 4To-, il est temps de se laisser emporter par les écoutes qui ont été réalisées avec des fichiers locaux (pas de streaming Qobuz). Possédant un serveur optimisé (description ici), je partagerai la comparaison entre le serveur interne du XACT et le serveur (AudioLinux-minimserver) externe.
Titres écoutés (Dynamic Range DR mesurés avec DRMeter MKII) :
- Lambchop – Is a Woman – The Daily Growl – 16b/44.1kHz [DR12]
- Nils Landgren & Michael Wollny – Fragile at Schloss Elnau – Fragile – 16b/44.1kHz [DR8]
- Tamino – Live at Ancienne Belgique – Indigo Night – 16b/44.1kHz [DR10]
- David Neerman – Noir Lac – In my craft or Sullen art – 16b/44.1kHz [DR9]
- Caroline Shaw – i Giardini – The Wheel – Limestone & Felt – 24b/192kHz [DR16]
- Four Tet – Live at the Funkhaus Berlin, 10th May 2018) – Planet – 24b/44.1kHz [DR8]
- Christophe – Intime – Les Paradis Perdus – 24b/96kHz [DR10]







En comparaison de mes moyens de streaming habituels, dCS Vivaldi upsampler et Target Diretta -Spec RMP-UB1 et Ustars C19 – ce qui frappe au premier abord c’est le niveau de détails. Ceci est d’autant plus flagrant sur le Caroline SHAW et le Nils LANDGREN. On découvre les oeuvres différemment, en prêtant une attention toute différente de l’habitude. Sur les autres titres, plus dans l’interprétation des artistes, ce qui impact est l’ouverture, notamment sur le live de Tamino à l’Ancienne Belgique mais également une interprétation incarnée. On rentre dans les interprétations, avec une émotion certaine dans le cas du Lambchop et Noir Lac. Je m’attendais à faire face à une lassitude avec autant de détails et perdre le fil des oeuvres et des interprétations. Finalement il n’en n’est rien. Ce XACT S1 EVO, permet de faire converger le meilleur des deux mondes entre les détails et la fluidité/interprétation. Les notes sont posées, longues avec de belles extinctions sans rien perdre aux attaques.
En comparaison de Diretta, la différence majeure réside dans une présence plus importante dans le bas du spectre pour Diretta en face du XACT. Je n’ai pas creusé plus avant car le XACT permet de simplifier drastiquement le setup vs Diretta qui repose sur une architecture serveur/player là où le XACT s’occupe de ces deux aspects. En utilisant mon serveur optimisé sur base de AudioLinux et minimserver, la différence avec le serveur interne est ténue. J’entends bien des différences, autour de la fluidité et étonnement de la bande passante, mais il m’est vraiment impossible de dire ce que je préfère en toute objectivité. En guise de conclusion, ce XACT S1 EVO est clairement bien né et profite des années d’expériences de JACT/Marcin quant aux alimentations, horloges et optimisations visant à réduire les bruits numériques. Je ne suis pas en mesure d’émettre un avis au regard de produits plus haut de gamme tels que le PinkFaun ou Taiko ne les ayant pas écoutés. Il fait largement jeu égal, voire va plus loin que ma solution reclockée sur base de Diretta C19. Le XACT garde pour lui la simplicité de mise en oeuvre du tout en un serveur/player avec une possibilité d’évolution du stockage interne mais également des gammes S1 vers les S1 EVO. A noter que quand vous avez commencé à apprécier et adopter l’utilisation de JPLAY iOS, l’association des deux dans leur écosystème s’exprime au mieux mais, cela exclut ceux qui utilisent un environnement Android. Ayant, pour ma part abandonné l’utilisation de Roon pour JPLAY iOS depuis longtemps dans le cadre d’écoutes attentives (je possède une licence à vie de Roon depuis le début et j’utilise ce soft pour la découverte et une écouter moins attentive quand je suis en télétravail, même si Qobuz Connect commence à lui damer le pion), cet écosystème JCAT/XACT tend vers la perfection.
Nota : Les écoutes ont été réalisées dans un environment de streaming local de fichiers (via le serveur du XACT ou un serveur externe basé sur Minimserver). Cependant, il est bien possible de streamer Qobuz ou Tidal via le XACT dans le sens où ce streaming est géré par l’application JPLAY iOS. Chez moi, le streaming Qobuz demeure inférieur qualitativement au streaming de fichiers locaux, et c’est pour cette raison que je privilégie, quand je peux, le streaming de fichiers locaux.
Nous pouvons continuer la discussion quant à cet essai sur le forum ici.